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 Virgil Hervatin


Éléments biographiques


Virgil est né en Yougoslavie, dans la péninsule d'Istra à 200 km de Trieste, en Italie. La Croatie était alors une colonie italienne devenue communiste sous l'influence du maréchal Tito. Son pays d'origine était terne et surtout sans espoir d'avenir pour les jeunes, puisque tout était décidé par l'État. À l'âge de dix-huit ans, on lui refusa l'accès aux études d'électricien sous prétexte que son frère ainé était déjà dans ce domaine. On voulait plutôt l'envoyer travailler dans les mines de charbon, tout comme son père l'avait fait pendant plus de 30 ans. Ne lui restait que le désir de fuir la grisaille d'un pays où toute liberté était absente. Ce désir augmentait de jour en jour, mais Virgil le garda secert parce que la délation est monnaie courante dans les pays cloîtrés par l'idéologie politique.

Une pleurésie l'empêchera de faire son service militaire. Il fut hospitalisé dans une clinique où l'on vida l'eau de ses poumons. Un jour qu'il marchait dans le jardin qui voisinait un pub, il entendit des jeunes chanter, le vin aidant, pour contrer le mauvais sort qui les obligeait à devenir soldats.

--- Je remercie je-ne-sais-qui d'être sans souvenir, dit-il aujourd'hui. À l'âge de dix-neuf ans, j'étais désespéré de ne pouvoir faire mon service militaire pour des raisons de santé, alors que des garçons de mon âge chantaient leur irritation d'être obligé de le faire. Ne pas faire son service militaire était une honte parce que tous les hommes faisaient leur service militaire ! Moi, je n'étais même pas un homme. J'étais simplement un malade. C'était le déshonneur ! Je remercie je-ne-sais-qui aujourd'hui de vivre aujourd'hui sans passé ni futur.

La fuite était un rêve tenace qui grandissait en lui de jour en jour. L'occasion se présenta en la personne d'un copain italien âgé d'une quarantaine d'années qui lui avait été présenté par un ami de son âge.

--- Des milliers de gens arrivaient à s'enfuir. Les familles avaient des nouvelles des déserteurs par la radio italienne.

Ceux dont on ne parlait pas étaient retournés dans leur pays et emprisonnés. Nos trois fugitifs ont marché pendant cinq jours, mangeant et buvant ce que les bois pouvaient leur offrir avant d'arriver à Trieste, où ils furent acceuillis dans un camp de réfugiés avant d'être transférés dans un autre camp, situé dans le sud de l'Italie. Là, le désir de fuir et d'être libre reprit Virgil de plus belle. On ne risque pas sa vie pour se retrouver dans un camp de réfugiés d'où l'on dépendait d'un triage avant d'être expédié aux quatre coins du monde selon les exigences et les critères de ces pays d'acceuil ! Virgil se souvient que la Suède était un pays très généreux qui acceptait les handicapés physiques et mentaux. Mais, lui, c'est en France qu'il voulait aller.

Muni d'une carte géographique, il s'enfonça un jour dans les bois, traversant de hautes montagnes qui devaient le mener à Menton. Pendant une trentaine de mois, il travailla dans une manufacture de meuble de bois, à Nice. Il se sentait libre, voulait visiter le monde entier et ne s'attacher nulle part. Comme tout réfugié politique, il devait se rapporter fréquemment à la préfecture de police. C'est ainsi qu'il déclara aux autorités françaises qu'il souhaitait venir au Canada où y vivait un oncle.

Une organisation charitable lui paya la traversée de l'Atlantique en bateau. C'est en 1960 qu'il débarqua à Montréal, chez son oncle. Il trouva du travail dans une manufacture de bois à Longueuil. Paulette Godard, qu'il avait connue à Paris, viendra le rejoindre et ils se marieront en 1961. Né catholique, il ne croyait pas à la religion ni à Dieu, mais se soumettait volontiers aux us et coutumes de son oncle et de son nouveau pays.

Virgil n'attendait que du travail de son pays d'adoption, qui lui en avait d'ailleurs promis.

--- C'était facile à l'époque de se trouver du travail, dit-il. Ayant déjà de l'expérience, je fus aisément embauché dans une usine de bois de Longueuil. Il y avait du travail partout alors. Si ça ne faisait pas l'affaire à un endroit, on pouvait aller ailleurs.

Virgil était comme tout le monde: il voulait travailler, bien s'amuser, gagner de l'argent pour faire des voyages et vivre une retraite heureuse pour voyager encore davantage. Voir tous les pays du monde ! Comme tout le monde, il était souvent anxieux sans raison, rarement content de son sort, même s'il se trouvait très prévilégié à certaines heures. Comme tout le monde, il pensait que la retraite et l'argent amélioreraient un jour les choses. Il avait bien ses distractions, entre autres connaître l'histoire des peuples et les gens qui la font. De plus, il aimait bricoler dans le petit atelier de son sous-sol.

L'économie nord-américaine donnait déjà queqlues signes d'essoufflement. En 1980, alors qu'il avait été promu contre-maître dans une manufacture de Laval, il fut assez sévèrement blessé. En attendant l'ambulance, il a calmement fait cette prise de conscience: "Je vais mourir sans avoir rien fait de ma vie. C'est stupide et je meurs stupidement !" Aux soins intensifs, après l'opération qui devait le laisser sans rate, il dit à l'infirmière qu'il avait vu un tunnel de lumière et ressenti une grande paix. Celle-ci lui a expliqué que ces expériences étaient fréquentes chez les grands blessés. Après sa sortie de l'hôpital, Virgil ne parla plus de cet incident, alléguant qu'il avait peut-être été provoqué par les médicaments.

La nuit noire

En 1987, l'usine où il est employé fit faillite. Virgil, comme tant d'autres, connut le chômage et l'inquiètude. Régulièrement, il consultait les annonces d'employeurs qui pourraient avoir besoin de son expérience et de ses services. il cherchait du travail partout, mais il n'y en avait pas. D'autres usines de bois fermaient. Il était âgé de 53 ans quand il s'entendit dire au centre de main-d'oeuvre qu'il était trop vieux et qu'il n'avait plus aucune chance de trouver du travail. Et le rêve du bonheur planifié pour la retraite s'évanouit brutalement.

--- Ma vie était sans issue. Je n'avais plus ni rêve ni projet. Il fallait que je me résigne. D'ailleurs un médecin m'avait dit que ça venait souvent à mon âge, cette espèce de climat monotone et de vide, rien à quoi se rattacher. Je devais accepter !

L'assurance-chômage lui fournissait une relative sécurité matérielle pendant une année. Virgil était moins démuni qu'un autre puisque sa femme, elle, travaillait. Propriétaires d'une maison achetée en 1979, leurs économies leur permettaient de ne pas la perdre. Leur fille Élise était majeure et mariée. Virgil n'avait donc plus tout à fait les mêmes responsabilités financières. Néanmoins, sa vie ressemblait à un long tunnel sans joie où il ne lui resterait éventuellement qu'à s'éteindre comme tous les autres êtres humains. Il ne se posait pas de questions sur le sens de la vie puisque très jeune, dans son pays d'origine, il avait vu qu'elle n'en avait pas beaucoup. Les gens souffraient et se débattaient tout le temps. Peut-être qu'en Amérique du Nord, les gens étaient plus gâtés que dans son pays d'origine, mais ils n'étaient pas moins tourmentés par la santé d'un enfant, d'une conjointe ou d'un mari, par la rupture du mariage, etc. La condition humaine, quelles que soient ses possibilités, quelles que soient ses forces, est difficile, voire misérable !

On peut vous raconter certaines histoires très belles en amplifiant un aspect anecdotique heureux mais quand on gratte un peu, chaque vie est hantée par mille et un petits drames dans lesquels chacun s'enferme et enferme les autres. Bref, tout le monde vit plus ou moins dans une prison privée plus ou moins dorée. Voilà l'humeur de Virgil à la fin des années 1980, même s'il avait travaillé à nouveau, pour un certain temps, comme contre-maître dans une usine de bois située, cette fois, dans le parc industriel de Laval. Cette manufacture de meubles de bureau ferma ses portes elle aussi, en 1989.

Comme l'orage se prépare

En rétrospective, un peu comme l'orage se prépare, Virgil ressentait parfois, épisodiquement, une nouvelle force, inconnue. S'il lui arrivait parfois de dire autour de lui "Le Seigneur existe, je le sais, je le sens !", l'explosion à venir allait changer non seulement la chair, mais le verbe.

Après le 24 février 1991, Virgil n'allait plus parler que de l'Énergie universelle qu'il voyait en tout et partout. Puis, la force à l'oeuvre en lui s'est assagie et l'a assagi.

--- Tous mes désirs de voyage m'ont quitté. Rien ne me manque ! Je ne veux plus crier au monde entier la Joie, l'Amour, la Bénédiction d'être vivant. Je remercie mon humanité et je sais que le sens du cadeau reçu n'est pas de m'isoler dans une grotte en Inde ou dans un monastère d'ici pour vivre d'une manière égoïste ce qui m'est donné. Cette joie se partage !

Le sentiment de tout connaître, qui l'habitait au début, a cédé la place à un "je-ne-sais-pas !" qui le fait vivre dans un état de découverte perpétuelle qui ne se décrit pas, mais que l'on ressent à son contact. Tout comme l'on ressent l'Amour et la Joie... à l'infini.

*******

Ce texte constitue la dernière partie d'un texte plus long, par Colette Chabot, Virgil... ou l'éternelle présence que vous retrouvez, au complet, aux pages 2 à 7 consacrées à Virgil, à gauche. Ce texte a été publié dans le livre, malheureusement épuisé, À moitié sage de Colette Chabot, Éditions Québecor, Montréal, 1997.

Virgil n'a jamais donné de causeries ni animé de séminaires. Il a maintenant beaucoup diminué les rencontres privées.

La revue 3e Millénaire dans ses numéros 74-75-76-77-78-79-80-82 présente des textes sur Virgil. Ces textes ont été préparés par Samir Coussa.

Sur le site de la revue 3e Millénaire nous pouvons lire entre autres un autre article de Virgil C'est vivre ! en exclusivité sur le site (au sommaire du # 81).

Dans la section Documents vous pourrez lire un autre texte parlant de Virgil et de son expérience d'éveil "C'est ici" emprunté au site de Jean Bouchart d'Orval. Cet autre texte est aussi disponible en anglais "It's here" et en espagnol "Es Aqui !".

D'autres photos de lui  se trouvent dans l'album "Autres penseurs".  

Avertissement : Microsoft décline toute responsabilité quant au contenu de ce groupe. Cliquez ici pour obtenir plus d'infos.
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